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Encres du monde (page 3)
Sans toi, un poème de Nikiforos Vrettakos (Grèce)
Sans toi les colombes
ne trouveraient pas l’eau ;
sans toi Dieu n’allumerait pas
la lumière dans ses sources.
Un pommier sème dans le vent
ses fleurs ; dans ton tablier
tu apportes l’eau du ciel,
les lumières des épis et au-dessus de toi
une lune de moineaux.
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Ah qu'il est doux de rêver à l'Eté !
La sieste
Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
Où le feuillage épais tamise un jour pareil
Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.
Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.
Vers la gaze de feu que trament les rayons,
Vole le frêle essaim des riches papillons
Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves ;
Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.
(J-M de HEREDIA)
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L'arbre, un poème d'Armand Bernier (Belgique)
L'arbre est puissant et doux.
Il porte des étoiles.
Un jour, sauvagement, j'ai pris l'arbre en mes bras.
J'ai baisé son feuillage
En prononçant tout bas
Des mots que l'azur seul m'autorise à redire
Des mots qui n'ont de sens qu'au moment du délire
Puis, nous nous sommes tus, longuement, tous les deux
Et j'ai senti sous moi trembler le corps d'un dieu.
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Souvenirs de Bohumil Hrabal (Tchécoslovaquie)
Mon véritable père, c'est mon oncle Pépine. Il était tout le temps à nous raconter ses histoires. Il était obsédé ; il les reprenait sans cesse, et sans cesse nous nous tordions de rire. Ceux qui ont eu la chance de connaître ma muse, mon oncle Pépine, peuvent parler de sa puissance de conteur et de la magie poétique qui assaillait les cafés et leurs belles jeunes filles quand l'oncle Pépine était là, ou quand il parlait, comme ne le font que les poètes ou les prophètes dans les rues, avec ses concitoyens. J'ai commencé à écrire parce que m'est revenu en torrent tout ce que j'avais entendu à la brasserie, les histoires de l'oncle Pépine, qui m'étaient entrées dans le sang.
Le milieu des aciéries était fascinant ; l'acier produisait des reflets énormes, les coulées sortaient du four, rougeoyantes, et l'acier qui se déversait dans les cuves jetait des étincelles qui volaient dans toute l'aciérie. Quant à moi, tout docteur en droit que j'étais, je me fondais romantiquement dans ce milieu magnifique. La réalité a fait en sorte que je sois un homme des éclairs.
L'écrivain doit être, en premier lieu, lecteur de lui-même. L'écrivain doit se distraire en écrivant. Par ses textes il doit découvrir des choses qu'il ignore et non pas exprimer son moi exorbité.
A l'escabeau s'agrippe un vieillard en blouse bleue et en escarpins blancs, un brusque battement d'ailes dans un nuage de poussière, Lindbergh a traversé l'Océan.
J'arrête le bouton vert ; dans la cuve pleine de vieux papiers, je m'arrange une petite tanière, eh oui, je reste un gaillard, je peux être fier de moi, n'avoir honte de rien... Tel Sénèque entrant dans sa baignoire, je passe une jambe, j'attends un peu, l'autre jambe retombe lourdement, je me roule en boule, pour voir, puis à genoux, j'enfonce le bouton vert et me blottis dans le capiton de livres et de papier, dans une main je serre fort mon Novalis, le doigt posé sur la phrase bien-aimée, aux lèvres un sourire béat, car je commence à ressembler à Marinette et à son ange... Voici que j'entre dans un monde totalement inconnu, je tiens le livre, la page... Tout objet aimé est au centre du paradis terrestre, c'est écrit... Et moi, plutôt que d'emballer du papier vierge au sous-sol de l'imprimerie Melantrich, j'ai choisi ma chute, ici, dans ma cave, dans ma presse, je suis Sénèque et Socrate, voici mon ascension et, même si la paroi me plaque les jambes sous le menton ou pis encore, je ne me laisserai pas chasser du paradis, je suis dans mon souterrain dont nul ne peut m'exiler, on ne me fera pas changer de place, la tranche d'un livre me transperce les côtes, une plainte m'échappe, me suis-je soumis à la torture pour y découvrir l'ultime vérité ?
Le poids de la presse me plie en deux comme un canif d'enfant... En cet instant, je vois ma Tsigane, cette petite dont je n'ai jamais su le nom, je vois très nettement le Mont-Chauve, nous lançons le cerf-volant dans le ciel d'automne, elle tient le fil... Je regarde tout en haut, le cerf-volant possède mon visage douloureux et la Tsigane envoie un message le long du fil, d'en bas je vois qu'il progresse par saccades, le voici à ma portée, je tends la main... Il y avait écrit, en grosses lettres enfantines : ILONKA. Oui, c'était son nom, maintenant, j'en suis sûr.
(Une trop bruyante solitude)
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Le poète d'Edwin Muir (Ecosse)
Et dans la stupéfactionma langue raconterace que l'esprit n'a jamais signifiéce que la mémoire n'a jamais conservé.La parabole de l'Amourfut envoyée au mondepour que nous puissions bégayer son nom.Ce que jamais je ne sauraic'est ce que je dois enseigner.Là où jamais ne fut nul voyageurlà est mon voyage.Chère désincarnationà travers toi sont montréesles formes passagèresqui vont et viennent.Doute : envoyé-du-Paradissi la pensée pouvait déroberune seul mot du mystèretout serait faussé.Imagination, tu es bien plus fidèletoi qui peut croire en l'Immortalitéet composer un chant !
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