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Par Claire-Lise dans Poètes français le 19 Mai 2013 à 19:15
J'ai écrit, il y a quelques années, un texte "Quai des amours neuves" qui a été publié dans Les Cahiers De Poésie n°10 (Editions Joseph Ouaknine). Dans la même revue, j'ai découvert un poème de Raymond MATABOSCH, "Rupture", faisant étonnamment écho au mien. J'ai donc eu envie de vous faire découvrir ces deux poèmes ensemble, réunis dans le fleuve des mes "Encres du monde".
Rupture
Les arbres ourlaient, de vent,
les berges de la Seine.
Une brume bleutée
flottait au ras de l'eau
et tirait un voile
crépusculaire
sur Paris mélancolique.
Les réverbères, un à un,
étoiles sans éclat,
s'allumaient le long du fleuve.
Sur les quais déserts
marchaient, en silence,
deux ombres.
Elle ne voulait pas
de Sa sympathie
ni de Sa repentance
qui ne faisaient qu'accroître
sa propre torture.
Elle le haïssait, blême,
d'un même étrange
et sauvage sentiment
qui consumait son coeur
douloureux,
brûlait et faisait mal.
Des larmes roulaient sur ses joues,
des larmes de regret,
de ce qui aurait pu être,
de ce pourquoi il était venu
et dont elle n'avait pas voulu.
Les réverbères, un à un,
s'étaient éteints
le long du fleuve.
(Raymond MATABOSCH)
Quai des amours neuves
Froid sur le fleuve,
mes pas le long du quai
des amours neuves...
Le chemin se défait
dans le vacarme
d'un vent nouveau,
ma vie ne s'étire plus à ton âme,
au-dessus des toits paquebots
glissent des nuages en courroux.
Dans les brumes de la ville des soies,
le froid à gueule de loup
me suit pas à pas.
Le long des quais fébriles,
il virevolte, comme un enfant fou,
agile, indocile,
il se faufile partout.
Je n'ai plus rien dans ma besace,
j'ai tout laissé dans l'année partie,
plus de larmes, plus de traces,
le froid, seul, me poursuit.
Je revois dans les eaux trop lisses,
je revois tes lèvres qui esquissent
un baiser fragile, éphémère,
comme une promesse.
Douceur sur ma peau neuve,
froid sur le fleuve.
Je marche seule
et je vais le long des quais.
Froid sur le fleuve.
Le long du quai des amours neuves,
j'ai tout laissé, le passé, les nuits,
je m'arrête et je souris
à mon reflet dans le fleuve
qui fait enfin peau neuve.
Le long du quai des amours neuves,
qu'il vente, qu'il pleuve !
Quand tu viendras,
tu chercheras
en vain mon coeur enfui,
je serai partie.
(Claire-Lise COUX)
Peinture de Jacques BOUYSSOU
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Par Claire-Lise dans Poètes français le 9 Mai 2013 à 16:22

Dans le Parc, dans le Parc les glycines frissonnent,
Etirant leurs frêles bras -
Ainsi que de jeunes filles
Qui se réveillent d’un court sommeil
Après la nuit dansée au bal,
Les boucles de leurs cheveux
Tout en papillotes
Pour de prochaines fêtes -
Dans le Parc.
Dans les Prés, dans les Prés les marguerites blanches
S’endimanchent, et les coquelicots
Se pavanent dans leurs jupes
Savamment fripées,
Mais les oiseaux, un peu outrés,
Rient et se moquent des coquettes
Dans les Prés.
Dans les Bois, dans les Bois les ramures s’enlacent:
Voûte de Cathédrale aux Silences
Où le pas des Visions se fait pieux et furtif,
Parmi les poses adorantes des Hêtres
Et les blancs surplis des Bouleaux -
Sous les vitraux d’émeraude qui font
Cette lumière extatique -
Dans les Bois.
Dans l’Eau, dans l’Eau près de joncs somnolents
Tremblent les étoiles plues du soleil
Dans l’Eau,
Et la Belle tout en pleurs
Tombe parmi les joncs somnolents,
Et la Belle
Meurt parmi la torpeur lumineuse des flots:
La Belle Espérance
S’est noyée, et cela fait des ronds
Dans l’Eau.Extrait de "Rythmes pittoresques"
Peinture de Marie Laurencin
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Par Claire-Lise dans Les arbres le 27 Avril 2013 à 12:14
Les peupliers d’argent
Qui s’inclinent sur l’eau
Savent tout, mais ne parleront jamais.
Le lys de la fontaine
Tait sa tristesse.
Tout est plus digne que l’humanité !Face au ciel étoilé, la science du silence
Appartient à la fleur tout autant qu’à l’insecte.
La science du chant pour le chant
Habite les bois murmurants
Et les flots de la mer.
Le silence profond de la terre qui vit,
C’est la rose qui nous l’enseigne
Au rosier épanouie.Il faut répandre le parfum
Que nos âmes enclosent !
Il faut être musique,
Lumière et bonté.
Il faut s’ouvrir entier
A l’obscur de la nuit
Pour nous emplir d’immortelle rosée !Il faut coucher le corps
Dans notre âme inquiète !
Aveugler nos regards du jour de l’au-delà.
Nous devons nous pencher
Sur l’ombre de nos coeurs
Et jeter à Satan l’astre qu’il nous tendit.Il faut imiter l’arbre
Constamment en prière
Et l’eau de la rivière
Fixe en l’éternité !Il faut blesser son âme aux griffes des douleurs
Pour qu’y entrent les flammes
De l’horizon astral !Alors dans l’ombre de l’amour défait
Jaillirait une aurore
Tranquille et maternelle.
Des cités dans le vent disparaîtraient
Et sur un nuage Dieu même
Viendrait nous visiter.Peinture d'Henri Martin
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Par Claire-Lise dans Poésie du monde le 13 Avril 2013 à 19:17
Vers mon berceau natal partez à tire-d'aile,
La jacinthe violette y jonche les collines,
Un frais ruisseau serpente au sein de la forêt,
Dans les ronces, blottie, fleurit la rose d'or.
L'eau traîne nonchalante, un peu lasse peut-être,
La lune y luit un brin, mélancolique et pâle,
Epouse délaissée et pleine de langueur,
Un nuage de tulle voile les monts altiers...
C'est là que j'ai vécu de radieuses journées
(Ces souvenirs en moi se rappellent plaintifs),
Et lorsque je conte l'histoire de ma vie,
Le rossignol d'antan chante au fond de mon coeur.
Volez, quittez ces lieux sans vie et sans chaleur,
L'eau limpide, l'air pur ne sont de ce pays.
Mes cris douloureux n'ont même pas d'échos,
Sous la cendre de ces ruines nul feu ne couve.
Poète, tu te plonges en un morne chagrin,
Tes souffrances d'amour n'auront jamais de fin,
Car tu portes en toi, sans cesse agitée,
Sans cesse bouillonnante, une mer infinie.
Riza Tevfik (1878-1950), poète et philosophe, est né à Edirne (Turquie). Banni à cause de ses convictions politiques, il vécut longtemps en Irak. Il ne put rentrer à Istambul qu'après dix années d'exil. Il fut l'un des pionniers et le maître incontesté du vers libre.
Peinture de Daniel TARTIER
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Par Claire-Lise dans Poésie du monde le 7 Avril 2013 à 22:52
Comme resplendit
A mes yeux la nature !
Comme le soleil brille !
Comme rit la campagne !Les fleurs jaillissent
De chaque rameau
Et mille voix
Hors des buissonsEt joie et délices
De tous les cœurs.
O terre, ô soleil,
O bonheur, ô plaisirO amour, amour,
Splendeur dorée
Comme là-haut, sur ces collines
Les nuages au matin,Tu bénis magnifique
Le champ verdissant -
Dans la brume de fleurs
Le monde gonflé de sève !O jeune fille, jeune fille
Combien je t’aime !
Comme ton regard luit
Comme tu m’aimes !Comme l’alouette aime
L’air et les champs,
Et les fleurs du matin
La rosée du ciel,Ainsi je t’aime
D’un sang plein de vie,
Toi qui me donnes
Jeunesse et joie, et le désirDe chants nouveaux
Et de danses nouvelles
Eternellement sois heureuse
Comme tu m’aimes.Peinture de G. Klimt
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