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     "Trois arbres tombés" de Gabriela Mistral

      

      Trois arbres tombés

    Sont restés au bord du sentier.

    Oubliés du bûcheron, ils s'entretiennent,

    Fraternellement serrés, comme trois aveugles.

     

    Le soleil couchant verse

    Son sang vif dans les troncs éclatés,

    Les vents emportent le parfum

    De leur flanc ouvert.

     

    L'un, tout tordu, tend un bras immense,

    Frissonnant de feuillage, vers l'autre

    Et ses blessures sont pareilles

    A des yeux pleins de prière.

     

    Le bûcheron les a oubliés.

    La nuit viendra. Je resterai avec eux.

     

    Je recueillerai dans mon cœur

    Leurs douces résines, elles me tiendront lieu de feu.

    Muets, pressés les uns contre les autres,

    Que le jour nous trouve monceau de deuil.


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    "L'arbre et le firmament", un poème de Tomas Tranströmer (Suède)  

      

    Un arbre marche sous la pluie,

    Passe à côté de nous dans la grisaille ruisselante.

    Il a une mission. Il soutire la vie à la pluie

    Comme un merle à un verger.

     

    Quand la pluie cesse, l'arbre s'arrête.

    Il brille, paisible et droit dans la nuit scintillante

    Dans l'attente comme nous de l'instant

    Où les flocons de neige viendront éclore dans l'univers.  

      

    (Peinture de Paul Cézanne)

      


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    "Arbres", un poème d'Andrée Chedid

      

        

    Je sais des arbres
    Striés de leur corps à corps avec les vents
    Et certains dont les têtes résonnent
    Des contes de la brise


    D’autres solitaires et debout
    Défiant le sol renégat
    Et d’autres qui se rassemblent
    Autour d’une maison grise

    Je sais des arbres
    Qui s’humilient au pied des eaux
    Pour l’amour de leur image
    Et ceux qui secouent d’arrogantes chevelures
    À la face du soleil

    Je sais des arbres
    Témoins de très anciennes naissances
    Et qui redoublent de racines
    J’en sais d’autres qui expirent
    Pour un frôlement d’aile

    Je sais des arbres vains et qui ne sont
    Que feuilles
    Tous ils ont trop vécu
    Sur la terre des hommes.

      

    (Peinture de Matisse)


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    "Le figuier" de Vangjel Leka (Albanie)  

      

    À l'austère fenêtre

    De l'Armée du Salut

    Un figuier tend vers moi ses branches,

    Mains qui cherchent ma main.

     

    Je sais la profondeur de ses racines.

    Je sais le frisson de sa verte ramure.

    Je sais la faveur de son fruit,

    La sève piquante et laiteuse qu'il secrète,

    La charge dont il est capable,

    L’air en feu qui le dessèche.

     

    Et lui aussi me connaît, de la tête aux pieds.

    Jour et nuit, ses branches me réclament.

     

    Je ne saurais m'en plaindre,

    Moi qui suis en mal d'ami.

    Je n'ai d'autre que lui à qui prendre et donner.

    Plus qu'un figuier, c'est une créature.

      


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  • "Feuille rouge restée" de Philippe Delaveau  

      

      

    Les oreilles du lièvre aussi sont fragiles

    Que dire du rouge-gorge qui s'est aventuré dans la pièce où j'écris

    Viens lui dis-je d'une voix adoucie en le prenant

    Entre mes mains qui tremblent de ce qu'il tremble

    Que je te rende l'absolu de ton ciel où tes semblables règnent

    Parce que vous êtes purs comme la neige et les prophètes

     

    Et cette feuille qui a navigué si longtemps

    En demeurant toujours à la magistrature de sa branche

    D'où elle assiste au lent procès du jour

    Sèche noyée de pluie parcheminée comme une main

     

    L'hiver ne l'a pas rendue à la terre

    Ele est rouge du feu qu'elle ignore

    Plissée d'une lointaine rêverie

    La branche autour est nue comme la vérité

    Quelle est la vérité ? Quelle est son heure ?

      


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